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Musique classique et opéra par Classissima

Joseph Haydn

mardi 28 mars 2017


Carnets sur sol

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Le défilé d'Avril

Carnets sur sol Tradition de toujours. Bilan du mois écoulé. Et quelques recommandations pour ne pas manquer tous ces beaux concerts cachés d'avril. Cette fois encore, pour des raisons de praticité, je me limite à une petite expansion de ce que j'ai déjà collecté pour mon usage personnel, donc en région Île-de-France essentiellement. La sélection ne se limite pas à Paris ou, du moins, est faite après la lecture des programmes de la plupart des théâtres de la région – en musique en tout cas, puisque l'offre de théâtre est tellement incommensurable que je me limite à indiquer quelques-unes de mes marottes. Diagonale de putti dans les loges de l'Oratoire du Louvre, sous les tribunes. 1. Les combats de mars Quelques aventures sont encore prévues pour la dernière semaine du mois, mais il faut bien effectuer un bilan avant le 1er avril pour annoncer les concerts dignes d'intérêt… Les renoncements sont toujours inévitables, et j'ai dû abandonner, pour raisons tantôt personnelles, tantôt professionnelles (tantôt envie de faire autre chose que des concerts, aussi…) : – Le jeune Sage et le vieux Fou de Méhul (certes un de ses opéras comiques un peu légers) à la BNF (tellement bien annoncé que je l'ai découvert une heure avant le concert), étant déjà accompagné pour la Tragédie de Salomé intégrale de Florent Schmitt (ce qui est au demeurant un choix très défendable) ; – le Retour d'Ulysse de Monteverdi dans une fulgurante distribution ; – le Boccanegra luxueux en diable de Monte-Carlo (Radvanovsky, Vargas, Tézier, Kowaljow…) ; – le concert Copland-Barber-Bernstein de l'ONDIF, que j'irai plutôt voir à Montereau (qu'il est beau de voyager, dit-on dans cet opéra ) ; – enfin et surtout, la grande rétrospective de la création contemporaine officielle depuis 50 ans, à la Cité de la Musique (avec de très beaux choix de programme par l'EIC) ; mais le même soir que la Jehanne de Tchaïkovski, je n'avais guère de choix en réalité. Ne croyez donc pas que je les aie boudés par mépris. Par ailleurs, il y avait déjà de quoi s'occuper, avec 11 soirées rien qu'entre le 2 et le 25 mars. ♣ Pas toujours des inédits mondiaux, mais des choses qui ne passent que très exceptionnellement en France (voire dans le monde…) : ♣♣ La Pucelle d'Orléans de Tchaïkovski. Par le Bolchoï de surcroît : orchestre, chœur et troupe de solistes ! L'opéra n'est à peu près jamais donné hors de Russie (où il n'est pas exactement un standard non plus), et le disque n'en documente que deux versions, assez anciennes (la plus récente date des années 70). C'est une étrangeté, puisque composée juste après Onéguine, elle marque, comme Mazeppa écrit juste après (et contrairement à l'Enchanteresse, à la Dame de Pique et à Iolanta qui achèvent sa carrière lyrique), une sorte de retour vers un genre plus formel du grand opéra historique, même musicalement. Les récitatifs y sont en effet assez rigides, les airs et numéros assez longs, pas du tout effleurés comme dans Onéguine (où Tchaïkovski a vraiment épousé au plus près son sujet !). Néanmoins, plusieurs grands moments de grâce, en particulier les grands ensembles et les scènes de foule, et surtout les préludes de chaque tableau, où l'on retrouve toute la virtuosité purement musicale (harmonie, orchestrtion) de Tchaïkovski. ♣♣♣♣ L'opéra s'écarte évidemment des sources historiques, puisque Jehanne y vit une histoire d'amour qui, dans une lecture assez mystique (façon Samson) et décadente, consume ses forces et lui fait perdre sa légitimité. C'est à Chinon, lors de la présentation de Jeanne, qu'on annonce le siège compromis d'Orléans, et c'est son propre père qui la maudit ; marchant ensuite à peu près seule (avec son semi-amant) dans le forêt, elle se fait capturer par les Anglais. Chaque acte développe un lieu différent de façon assez habile : Domrémy, Chinon, Reims, Rouen. ♣♣♣♣ L'Orchestre du Bolchoï n'est plus très typé (hors les remarquables cors translucides assez caractéristiques), la différence passe, à tout prendre, plutôt par le style du portamento (ports de voix) des violons dans les phrasés lyriques. Le Chœur, lui, est à couper le souffle : n'importe quel choriste pourrait chanter à Bastille demain – les volumes et la perfection des voix, sans jamais sembler désagréablement écrasants comme d'autres chœurs de quasi-solistes (Chœur de Radio-France, la plupart des chœurs d'opéra de France et d'Italie…). Côté troupe, Anna Smirnova révèle à quel point la tessiture très centrale du rôle-titre, recouverte par l'orchestre, doit être un problème insurmontable pour le distribuer à tout autre qu'elle ; Bogdan Volkov (Raymond, son soupirant de Domrémy) comme toujours très élégant, Oleg Dolgov (Charles VII), autre ténor limpide et élancé à la russe (toujours ces dégradés de couleurs), superbe Anna Nechaeva (Agnès Sorel), très charismatique dans un rôle très court… et par-dessus tout Stanislav Trofimov (l'Archevêque), une voix quelque part entre Kurt Moll et Martti Talvela, à la fois noire et lumineuse, profonde et pure, grave et très aisée dans l'aigu. Mon chouchou personnel, l'Ange de Marta Danusevich : une voix de soprano dont le timbre très fruité paraît celui d'un mezzo lyrique, avec une richesse de coloris rare chez les voix hautes. Et qui surmonte le chœur sans la moindre peine. ♣♣ La Deuxième Symphonie de Nielsen (voir présentation ) par l'ONF et le spécialiste (parmi la poignée des tout meilleurs) John Storgårds. L'une des plus belles symphonies de tout les temps, aussi considérable que la Quatrième à mon sens (quoique moins complexe). En tout cas dans mon TOP 5 du premier vingtième (il y aurait aussi van Gilse 2 , Schmidt 2 , Sibelius 7, Walton 1 – pour le top 10, Atterberg 1 , Alfvén 4 et Madetoja 2, assurément). Chaque mouvement est à la fois fascinant et exaltant, culminant dans la reprise en climax du thème du mouvement lent… ♣♣♣♣ Ce soir-là, le grain naturel et tranchant des cordes de l'ONF des grands jours en faisait le meilleur orchestre du monde. Et pour ne rien gâcher, nous eûmes le plaisir d'entendre en vrai Fanny Clamagirand que j'admire depuis longtemps – pas un gros son, mais une beauté de timbre et un goût parfaits. La création d'Édith Canat de Chizy n'était pas pénible que son ordinaire, à défaut d'imprimer le moindre début de sentiment de nécessité – la suite d'effets traditionnels, sans propos thématique / structurel / climatique identifiable. En n'essayant pas trop de s'intéresser au propos fuyant, le temps passe sans douleur. En bis, une splendide sarabande de Bach (comme après chaque concerto pour violon, certes). ♣♣♣♣ Accueil toujours aussi catastrophique à Radio-France : sécurité peu respectueuse (tout le contenu du sac retourné sans ménagement et sans demander l'autorisation – en principe, on enseigne l'inverse aux agents), replacement de force du public, même si les places d'arrivée sont moins bonnes (alors qu'en principe, on propose ce genre de chose). Toujours l'impression, donc, d'être à peine toléré alors qu'on a payé sa place et qu'on voudrait juste ne pas être traité comme un délinquant pour vouloir entrer dans la salle puis s'asseoir à sa place. ♣♣♣♣ Salle remplie au quart (uniquement les parties de face, et pas en entier, sur deux étages des trois) : entre les artistes formidables mais peu célèbres, Nielsen 2 qui n'est pas encore dans les habitudes du public symphonique, et la création de Canat de Chizy, trop bien connue, il est vrai qu'on avait cumulé les paramètres de désaffection (il aurait fallu un concerto de Tchaïkovski avec Jansen en première partie, et mettre Clamagirand-Chizy dans un concert avec Mahler 4 ou Beethoven 5 en seconde partie…). ♣♣ La Tragédie de Salomé de Florent Schmitt, dans sa version originelle et intégrale pour petit orchestre (bois par 1). Un superbe cadeau d'Alain Altinoglu pour sa classe de direction d'orchestre au CNSM… Présentation de l'œuvre (et éloge des musiciens) faite tout récemment . ♪ D'autres raretés, peut-être pas majeures, mais très intéressantes. ♫ Il Matrimonio segreto de Domenico Cimarosa, un opéra bouffe sur sujet domestique, succès immense et emblématique à son époque – dès la création, bien avant la vénération bruyante de Stendhal. Il m'est difficile, je l'avoue, de m'immerger totalement dans une œuvre théâtrale aussi fragmentée (discontinuité maximale entre de jolis airs très mélodiques qui évoluent peu, et les récitatifs secs ), et les coupures réalisées par Patrick Davin, pour une fois, se défendent – sans quoi le spectacle aurait été très long, et pas forcément plus riche (ce n'est pas comme couper du Richard Strauss d'une heure et demie ). Surtout, Cécile Roussat et Julien Lubek, une fois encore (témoin leur Dido and Æneas de Rouen) montrent qu'ils sont les metteurs en scène actuels les plus capables d'animer une scène, même conçue comme immobile. Quoi qu'on pense de la musique et du livret (de Giovanni Bertati, celui qui invente la mort liminaire du Commandeur dans les multiples refontes de Don Juan), le résultat était un grand moment de théâtre. La principale réserve tient au style de l'Orchestre du CNSM, que Patrick Davin fait sonner comme le studio Sanzogno… donc peu sensible aux « nouveaux » apports musicologiques des soixante dernières années, disons. ♫♫ Les jeunes chanteurs, bien connus de nos services, sont remarquables, en particulier Harmonie Deschamps, Marie Perbost (mainte fois louées en ces lieux), et par-dessus tout Jean-Christophe Lanièce qui révèle, en plus de ses talents connus de chanteur et diseur, un charisme d'acteur phénoménal. Par ailleurs, la voix paraît différente en italien, moins centrée sur la couleur et davantage sur l'éclat, s'adaptant ainsi idéalement au répertoire. ♫ Les Saisons de Haydn dans la version (en français) de leur création française (selon le vœu d'adaptation vernaculaire de Haydn). Musiciens du Palais-Royal dirigés par Jean-Philippe Sarcos dans la salle néo-égyptienne de l'antique Conservatoire de Paris. Il y a quelque chose de particulier à entendre cette musique dans la salle où l'on joua pour la première fois les Symphonies parisiennes de Haydn, la Fantastique de Berlioz, et où l'on donna pour la première fois Beethoven en France… de quoi méditer sur le son des origines (acoustique assez sèche, lieu d'où l'on entend bien partout, atmosphère assez intime, et même une certaine promiscuité dans les loges). ♫♫ Pour le reste, je ne suis pas un inconditionnel des oratorios de Haydn : de très belles choses, mais l'ensemble me touche peu. La plus-value du français n'était pas aussi bien mise en valeur que pour la Création, si bien que mon intérêt s'est un peu émoussé, je dois l'avouer, sans que l'œuvre soit en cause. ♫♫ J'ai trouvé le français des interprètes (même Clémence Barrabé !) et du chœur très correct, mais assez peu généreux vu le projet (Sébastien Obrecht, ayant travaillé la partition en 48h, étant plus expansif que ses compères). Alors que pour la Création, la limpidité du chœur (mais il n'était pas constitué des mêmes personnes, quoique portant le même nom…) et les couleurs de l'orchestre m'avaient ravi, j'ai trouvé cette fois l'orchestre plus limité (par rapport à la concurrence superlative en tout cas) et le chœur plus indifférent au paramètre linguistique. Pour finir, Aimery Lefèvre devrait vraiment s'interroger : en chantant aussi engorgé, il est inintelligible, la voix ne porte pas du tout, et ses aigus sont difficiles (ce qui, pour un baryton aussi jeune, est quand même peu rassurant). C'était déjà une tendance dans David et Jonathas il y a trois ou quatre ans, mais la voix commence vraiment à en souffrir désormais. ♥ Des tubes personnels : ♥♥ In Taverna avec l'ensemble Il Festino – et Dagmar Šašková, la meilleure chanteuse du monde . Programme entendu en septembre 2009 , et que je cherchais absolument à entendre : des airs à boire de Moulinié et LULLY, entrecoupés de déclamation en prononciation restituée (par le virtuose Julien Cigana) d'extraits d'éloges du jus de la treille par La Fontaine, Rabelais, Saint-Amant ou Scarron ! De quoi se mettre en train le dimanche à 10h du matin. L'heure a sans doute un peu brouillé les cordes de la chanteuse, moins à son faîte que de coutume, mais ce programme est simplement grisant, à tout point de vue, l'une de mes grandes expériences de spectateur. (Il fallait pour cela se déplacer au Conservatoire de Puteaux un dimanche matin assez tôt, mais qui peut mettre un prix sur le bonheur ?) ♥♥ Le Concerto pour la Nuit de Noël de Corelli (par Karajan ou par les meilleurs baroqueux, toujours bouleversant, là où tout le reste de Corelli paraît tellement plus décoratif…), une Suite tirée d'Atys de LULLY. Et puis des extraits des Vêpres de la Vierge de Monteverdi et la musique pour les Soupers du comte d'Artois de Francœur. C'était le concert d'inauguration de la section musique ancienne du tout récent OJIF (Orchestre des Jeunes d'Île-de-France), censé être une formation de haut niveau auto-professionnalisante, créée au printemps dernier. Très bien exécuté (plein d'éloges et de petites réserves à émettre, bien sûr), mais les conditions climatiques extrêmes laissaient peu le loisir d'être ému : la porte largement ouverte sur la rue a vidé l'Oratoire du Louvre de toute sa chaleur… un concert assis immobile à 10°C, c'est plus pénible qu'exaltant, clairement. Un peu comme écouter Mozart pendant qu'on vous arrache les ongles. Ou comme écouter du Glass dans un jacuzzi avec une authentique glace italienne à la main sous le soleil toscan. Difficile de se départir de la douleur. ♠ Oserai-je le confesser ? J'ai aussi assisté à des concerts d'un conformisme vertigineux – et passé un excellent moment. ♠♠ Symphonie n°38 de Mozart par l'Orchestre de Paris à la Philharmonie. (Certes, parce que je n'ai pas réussi à revendre ma place, je croyais que c'était la seule œuvre au programme, et que Zacharias dirigeait…) Inséré au sein d'un bizarre spectacle racontant vaguement la relation de W.A. avec Leopold. ♠♠♠♠ Outre que la (magnifique) symphonie était assez bien jouée (je l'aime avec plus de tranchant, mais ce n'était nullement mou) et que le tarif était ridiculement attractif (20€ pour toutes les places), expérience très intéressante pour observer un public vraiment différent. Les gens ont systématiquement applaudi entre les mouvements, et personne ne leur a dit chut ! – voilà une excellente preuve qu'il ne s'agit pas d'initiés. Et ils ont hésité en réclamant le bis, je crois qu'ils attendaient une conclusion (moi aussi, à vrai dire), puisque Mozart et son père s'asseoient pour regarder la symphonie (et le tout durait à peine plus d'une heure), on pourrait attendre une petite fin théâtrale… Le violon solo Philippe Aïche, dans son élégance habituelle, se lève alors et entraîne l'orchestre avec un geste qui semble dire vous avez pas assez applaudi, tant pis pour vous – on dit toujours qu'on veut s'ouvrir, mais on préfère quand même traiter avec ses semblables, pas avec les bouseux qui découvrent le concert. ♠♠♠♠ J'essaierai de produire une notule pour explorer cette question des codes du concert et plus largement de la compréhension de la musique classique – y a-t-il des limites à ce qu'on peut faire aimer à un auditeur occasionnel ? Perçoit-on réellement l'essence des œuvres quand on n'est pas musicien / mélomane aguerri ? Sujet passionnant (et inconfortable). ♠♠ Symphonies 1, 4 et 7 de Beethoven par l'Orchestre des Champs-Élysées et Herreweghe. Enfin pu entendre la Première en vrai… du niveau des plus grandes. Et la dernière notule traite justement de la Quatrième . Herreweghe ne cherche pas l'effet, tout est joué avec simplicité, une sorte d'exécution-type sur instruments anciens, et cette musique est déjà si forte que c'est assez parfait – en tout cas ce que je cherchais ce soir-là. Étrangement, la 7 (pourtant à peine plus entendue que la 1 sur ma platine…) m'a moins fortement touché – peut-être parce que j'entendais la 1 pour la première fois (la 7 que pour la seconde, cela dit, et à 15 ans d'intervalle…), et que je me convertissais enfin résolument à la 4. ♠♠ Les Nuits d'Été de Berlioz dans sa version (originale) pour baryton, par Christian Gerhaher… la franchise du texte (il ose de ces sons ouverts !) est exceptionnelle, et le caractère plus « parlé » d'un timbre de baryton tire l'œuvre hors des évocations vaporeuses habituelles vers du texte brut – Théophile Gautier en paraît presque sauvage et échevelé ! Par ailleurs les Pièces opus 16 de Schönberg, que j'aime beaucoup, mais qui en concert manquent justement de direction, de propos continu. D'éphémères belles associations de timbre. Et pour finir, la Deuxième Symphonie de Schumann dirigée par Daniel Harding : le public a trouvé le Mahler Jugendesorchester formidable, et il l'est d'ordinaire… pourtant, je lui ai (i.e. nous lui avons, un contributeur de CSS y était aussi…) trouvé un petit manque de tranchant, une superposition des timbres pas toujours parfaite, quelques flottements (et même un trait de violons vilainement raté) : les moments les plus rapides leur imposaient la performance, et ils étaient alors remarquables, mais le reste du temps, il manquait un rien d'abandon ou d'intensité, difficile à définir. Considérant leur âge visiblement très tendre, c'est probablement le début d'une session, et on entendait surtout la différence avec les orchestres permanents qui jouent ensemble depuis des décennies. ♠♠♠♠ En tout cas, contrairement à ce qu'on peut supposer (le Jugendesorchester, parrainé par Abbado, à sélection internationale, multi-enregistré), les élèves du CNSM, entendus en janvier dans la même œuvre, était deux coudées au-dessus (au niveau des plus grands), aussi bien en matière de précision que d'enthousiasme palpable. ♠♠♠♠ Il faudra bientôt songer à imposer des quotas paritaires dans les cordes : trois hommes (dont le violoncelle solo, certes, et deux dernières chaises en violon). Tout le reste constitué de jeunes filles (toutes blanches, ouf, on peut encore travailler à diversifier le recrutement). ♦ Pour finir, du théâtre : ♦♦ Suddenly Last Summer de Tennessee Williams, à l'Odéon. Braunschweig y retrouve les lents dévoilements des pièces d'Ibsen , tout étant centré autour du récit du souvenir indicible de la mort de celui dont tout le monde parle… à la différence que le dévoilement est ici souhaité (et clôt la pièce, en sauvant peut-être les personnages), et non vu avec effroi comme inévitable et destructeur. Belle pièce néanmoins, plutôt bien dite, dans un jardin en plastique pas très élégant et une mise en scène pas très mobile mais fluide, où l'on ne retrouve pas les tropismes de Braunschweig pour les pull gris et les murs en noir et blanc. ♦♦♦♦ Les comédiens sont lourdement sonorisés, mais peut-il en aller autrement dans la salle de 1819, très vaste, et en tout cas très haute ? Pourtant, c'était le siège du Second Théâtre-Français, là où Berlioz connut ses émois shakespeariens, là où Sarah Bernhardt jouait Racine… Voilà qui repose grandement la question de notre acceptation du son qui n'immerge pas, ou, plus grave, de la technique vocale des comédiens d'aujourd'hui. Vastes sujets. Il est temps à présent d'interroger avril. Putti-atlantes dans la salle de 1819 de l'Odéon, sous le regard du mascaron. 2. La pelote d'Avril Les vacances scolaires de la zone C font toujours décroître (pour une raison inconnue) l'offre francilienne. Il y a néanmoins de quoi s'occuper. Parmi tout ce qu'on peut voir, quelques soirées dont vous avez peut-être raté l'annonce. (Organisé plus ou moins par ordre de composition à l'intérieur par catégorie.) ► Lieder et autres monodies vocales : ■ Le 29, Hôtel de Soubise, Eva Zaïcik chante Léandre et Héro de Clérambault, la Deuxième Leçon de Ténèbres de Couperin et une cantate pastorale de Montéclair. Générosité et grande expression au programme avec elle ! ■ À la Cité de la Musique, Lehmkuhl et Barbeyrac chantent des lieder de Schubert orchestrés. Avec Accentus et Insula Orchestra, le 27. ■ Lieder de Clara & Robert Schumann, de Brahms aussi, le 20 midi par Adèle Charvet (Orsay ou Petit-Palais). ■ Lieder de Liszt, Wagner, Brahms, Weill, Stolz, Zeira… et Viardot, par la mezzo Hagar Sharvit, aux Abbesses le 23. ■ Pot-pourri des Lunaisiens avec Isabelle Druet, salle Turenne le 21. ► Opéra : ■ Je signale en passant qu'à Rennes, le 6, l'ensemble Azur donnera des chœurs tirés des Noces de Thétis et Pélée de Collasse, l'un des ouvrages les plus repris de la tragédie en musique, et qui attend toujours d'être intégralement remonté de nos jours. ■ Bien sûr Alcyone de Marais à l'Opéra-Comique ) : à partir du 26, Jordi Savall y rejoue l'œuvre qu'on n'a guère dû entendre depuis l'ère disque Minkowski, au début des années 1990. Je ne trouve pas tout à fait mon compte dans les opéras de Marais, plus un musicien sophistiqué qu'un maître du récitatif et de l'expression verbale fine, mais il faut admettre qu'Alcyone, malgré le risible livret du redoutable Houdar de La Motte , a ses moments spectaculaires, dont la tempête dont le figuralisme et les moyens nouveaux (pour partie italiens , mais pas seulement) firent date. Même si Savall m'a plutôt effrayé lorsque je l'ai entendu (il y a près de quinze ans) en jouer la Suite de danses (que c'était sec !), l'équipe dont il s'entoure plaide pour le sérieux de l'entreprise (quelle distribution vertigineuse !). ■ La Fille des Neiges de Rimski-Korsakov à Bastille, évidemment, même si la relecture sexu(alis)ée de Tcherniakov ne sera pas forcément propice à la découverte candide, disons. ■ Une opérette mal connue de Maurice Yvain, Gosse de riche, au Théâtre Trévise (L'inverse par les Frivolités Parisiennes, les 12 et 19 ; de la musique légère, mais qui sera encore une fois servie au plus haut niveau, jouée avec la rigueur d'un Wagner mais l'entrain de jeunes passionnés. d'un ballet joué par l'Orchestre de l'Opéra, donc.) ■ Des extraits de Licht, le méga-opéra de Stockhausen présentés pour tous publics à 10h et 14h dans la semaine du 24, à l'Opéra-Comique. Cela reprend aussi en septembre. Très intriguant (d'autant qu'il y a vraiment de tout dans cet opéra, du récitatif de musical jusqu'aux œuvres instrumentales les plus expérimentales…). ■ The Lighthouse de Peter Maxwell Davies à l'Athénée à partir du 21, un opéra-thriller assez terrifiant, dans le goût du Tour d'écrou : les marins d'un bateau de ravitaillement pénètrent dans un phare dont les gardiens semblent avoir disparu. Musicalement pas toujours séduisant (mais accessible et en rien rebutant, simplement une forme de Britten atonal, quelques jolis effets instruments de type cors bouchés en sus), mais très prenant, et ce doit être encore plus fort sur scène ! ■ Trompe-la-mort de Francesconi se joue toujours à Garnier. Je ne l'ai pas encore vu, mais de ce que je peux déduire de la musique habituelle de Francesconi, il y aura de belles couleurs et de belles textures ; leur adaptation à une structure dramatique et aux contraintes d'une claire prosodie me laissent plus réservé, il faut tester – j'ai lu tout et son contraire à ce sujet, excepté sur la mise en scène de Guy Cassiers qui semble être partout louée. ► Sacré & oratorio : ■ Odes de Purcell par Niquet à Massy le 22. ■ Un office musical à Paris en 1675, sur la musique de Charpentier, par Le Vaisseau d'or (Sainte-Élisabeth-de-Hongrie, le 1er, libre participation). ■ Leçons de Ténèbres de Charpentier (plus austères que les fameuses Couperin) par les excellents Ambassadeurs de Kossenko, avec la basse Stephan MacLeod, probablement l'homme au monde a avoir le plus chanté ces œuvres… Oratoire du Louvre, le 5. ■ Leçons de Ténèbres de Couperin par l'Ensemble Desmarest, Maïlys de Villoutreys et Anaïs Bertrand, rien que d'excellents spécialistes (et une de nos protégées du CNSM, qui a déjà de très beaux engagements). ■ Une Passion de Telemann à la Cité de la Musique le 15 à 16h30… je n'ai pas vérifié laquelle, il en a écrit quelques dizaines (je n'exagère pas), et dans des styles assez divers, italianisantes ou plus ambitieuses musicalement, dont certaines valent bien les Bach – et d'autres pas grand'chose. C'est assez tentant néanmoins, on n'en entend jamais, toujours les Bach – et quelquefois Keiser, sans doute parce qu'on l'a d'abord attribué par erreur à son collègue lipsien. ■ Le Repas des Apôtres de Wagner, sorte de longue choucroute homophonique qui ressemblerait à du Bruckner sans aucune inspiration – le Wagner de Rienzi, en somme. Mais c'est très rare (et pour cause). Peut-être qu'en vrai, on en sent mieux la nécessité ? Couplé avec le Second Concerto pour piano de Brahms et la Symphonie en ut de Bizet, joués par la Garde Républicaine… amateurs de cohérence programmatique et de belles notes d'intention s'abstenir. ■ Les Sept Dernières Paroles, un des chefs-d'œuvre du spécialiste de musique chorale sacré James MacMillan. Couplé avec celles de Haydn, d'abord écrites sans voix puis, devant le succès, réadaptées en oratorio. Par l'Orchestre de Chambre de Paris à la Cité de la Musique, le 15. ► Symphonique : ■ Un héros d'avril a dit : « ce que tu as à faire, fais-le vite ». C'est étrange, je vais lui obéir (a dit un autre héros de séans). Je me contente donc de signaler la Quatrième Symphonie de Bruckner, pas du tout rare, mais l'association Eliahu Inbal-Philharmonique de Radio-France produit toujorus de très grands moments de musique – et particulièrement concernant Bruckner, j'attends toujours de trouver l'équivalent de leurs Deuxième et Neuvième, entendues à Pleyel et à la Philharmonie. ► Chambrismes : ■ Les dimanches à 17h, au club du 38 Riv', si vous aimez la viole de gambe solo ou avec clavecin, il y aura trois concerts qui parcourront assez bien ce répertoire. Je ne garantis pas l'excellence, ça dépend des soirs pour l'Association Caix d'Hervelois qui les organise… ■ Les Sept Dernières Paroles de Haydn pour quatuor, avec texte déclamé, à l'Amphi de la Cité de la Musique, le 14. ■ Nos chouchous du Trio Zadig joueront Tchaïkovski et Chostakovitch n°2 à l'Hôtel de Soubise le 22. ■ Œuvres et arrangements pour harpe à l'Hôtel de Soubise le 8 : Villa-Lobos (études), Fauré (impromptu), Mendelssohn (romances), Bach (fantaisie Chromatique), Schüker. Par Pauline Haas. ■ Piano original le midi au Musée d'Orsay le 25 : Mompou, Takemitsu, Granados, Satie, et parce qu'il faut bien vivre, Chopin, Debussy et Ravel, par Guillaume Coppola. ■ L'Octuor de Mendelssohn, la Seconde Symphonie de chambre de Schönberg et la Sinfonietta de Poulenc seront données au CRR de Boulogne-Billancourt et au Centre Événementiel de Courbevoie les 13 et 14. Gratuit. ■ Extraits des quatuors de Walton (final) et Bowen (mouvement lent), Phantasy pour hautbois et trio à cordes de Britten, ses Métamorphoses pour hautbois solo, Lachrimæ de Dowland, création d'un élève du CNSM… Salle Cortot, le 1er, à 15h. ■ Menotti pour deux violoncelles, et puis Bruch (Kol Nidrei), Tchaïkovski et Schubert (Arpeggione) à l'Auditorium du Louvre, le 28. ■ À Herblay, les Percussions clavier de Lyon, le 28. ■ Pour finir, des cours publics du Quatuor Ébène dans les salles les plus intimes du CNSM, une expérience extraordinaire de se mêler aux étudiants en plein travail, la dernière fois, nous étions seuls, la partition sur les genoux, en train de suivre l'évolution du Trio de Chausson. Magique. 10h à 19h les 26 et 27, si vous le pouvez. C'est gratuit. ► Théâtre, ce que j'ai prévu pour ma conso personnelle, rien que du patrimoine pas très original : ■ Marivaux – L'Épreuve – Théâtre Essaion ■ Marivaux – Le Petit-Maître corrigé – salle Richelieu ■ Kleist – La Cruche cassée – salle Richelieu ■ Odéon – Soudain l'été dernier – Odéon. Fait pour ma part (cf. commentaire supra). ■ d'après Zweig – La Peur – Théâtre Michel ■ d'après Renoir – La Règle du jeu – salle Richelieu Dans la salle de l'ancien Conservatoire, au centre des médaillons des grands dramaturges et musiciens figurent, sur le même plan, Eschyle et… Orphée. 3. L'avenir de l'agenda de CSS J'avoue éprouver une relative lassitude dans la confection de ces programmes. Ils prennent pas mal de temps à élaborer, tandis que j'aurais plutôt envie de parler de choses plus précisément étayées et plus généralement musicales, moins liées à l'offre francilienne : des bouts d'œuvre avec des extraits, des questions de structure musicale ou de technique vocale, plutôt que d'empiler les commentaires sur des concerts qui n'ont pas encore eu lieu, avant le premier du mois suivant… Ces notules ne paraissent par ailleurs pas spécifiquement plus lues que les autres – je laisse de côté les cas, hors concours, où je parle de Callas, Carmen, des fuites dans les saisons parisiennes, ou des quelques occurrences où je suis en tête de Google (opéra contemporain, conseils aux jeunes chanteurs). Je me sens un peu le responsabilité, puisque cette base de données existe, de promouvoir les ensembles qui font l'effort et prennent le risque de proposer un répertoire renouvelé, mais ce n'est pas un office particulièrement exaltant à réaliser. D'où cette question : y trouvez-vous un intérêt ? Vous en servez-vous ? Si cette notule reçoit moins d'une centaine d'éloges éloquents dans les commentaires ci-dessous, je ne suis pas sûr de poursuivre ce format-ci dans l'avenir. Du temps supplémentaire pour des notules de fond – il y a La Tempête, musique de scène de Chausson écrite pour marionnettes, un opéra d'un Prix de Rome où Georges Thill tenait le rôle d'une grenouille amoureuse, et quelques autres sujets qui sont, comme vous pouvez vous le figurer, un peu plus amusants à préparer qu'un relevé fastidieux. Quoi qu'il en soit, les bons soirs, vous pourrez toujours effleurer la réverbération de ma voix cristalline dans les coursives étroites des salles louches cachées au fond des impasses borgnes.

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26 mars

Année Etienne Méhul 2017. Bilan, événements à venir

BILAN, commémoration. Année Etienne Méhul 2017. 2017 marque le bicentenaire de la mort du compositeur romantique Etienne Nicolas Méhul (1763-1817) . Bilan en cours d’année sur un exercice commémoratif assez paresseux, pauvre en vrais événements dignes d’intérêt. Pour découvrir et mesurer la valeur et l’esthétisme incarnés par Méhul, il faut surtout se reporter à plusieurs événements décisifs survenus en 2016. Car l’année 2017 demeure avare de vrais manifestations et réalisations d’ampleur. Autant côté disques que concerts. Le cd et la scène sont étonnamment sourds pour célébrer notre Beethoven français. Les réalisations décisives remontent à 2015 et 2016 Au disque, Kapella et Eric Juteau 2015 et 2016. En 2015, tremblement de terre dans l’industrie du disque : Eric Juteau et Kapella 19 révèlent par le disque, la fiévreuse ampleur du symphoniste Méhul dont l’écriture orchestrale contemporaine à celle de Beethoven, égale le souffle et l’énergie du grand Ludwig. Symphonies 3, 4 et 5, CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2015 . Symphonies 3, 4 et 5 (Kapella 19, Juteau – CLIC de CLASSIQUENEWSI de février 2015). CD. Compte rendu critique. Méhul : Symphonies n°3,4,5 (Kapella 19, Eric Juteau). Méhul symphoniste ? On le croyait surtout dramaturge (et le mieux inspiré à l’époque révolutionnaire et napoléonienne en France). Un jeune orchestre sur instruments d’époque, né Outre-Rhin en 2009, Kapella 19 , à l’initiative de son chef inspiré Eric Juteau, crée l’événement en embrasant le feu beethovénien et la finesse mozartienne (plage 6) des Symphonies 3, 4 et 5 (” inachevée” ) de celui qui aima, avant Berlioz, Gluck : Méhul. L’exact contemporain des Viennois Haydn et Beethoven gagne ici un éclairage imprévu, fort, particulièrement convaincant. Au concert Bruno Procopio souligne le génie d’un Méhul Beethovénien En 2016, c’est hors de France (à croire que Méhul n’intéresse personne en France), à Rio de Janeiro, le jeune chef Bruno Procopio ressuscite l’énergie fabuleuse et irrésistible de la Symphonie n°1 de Méhul, contemporaine de la 5ème de Ludwig et comme elle, traversée par une détermination guerrière d’une irrésistible nervosité. Pilotant l’Orchestre Symphonique du Brésil, Bruno Procopio dirige avec précision, mesure, expressivité, rendant hommage à l’invention d’un Méhul, recréateur du romantisme orchestral à la Française. Entre Paris et Rio, entre Brésil et France, ses deux terres de coeur, le jeune maestro Bruno Procopio tisse une passerelle particulièrement féconde. En décembre 2016, il dirigeait la Symphonie n°1 de Méhul, contemporaine en 1808 de la 5è de Beethoven, révélant la parenté qui unit les deux compositeurs romantiques, et dans le cas de Méhul, soulignant son génie symphoniste. Or qui se souvient aujourd’hui du Méhul, ardent défenseur du romantisme français symphonique ? VOIR notre grand portrait ” BRUNO PROCOPIO, chef transatlantique, entre Paris et Rio de Janeiro”, défense de la culture et des échanges France Brésil VOIR notre captation vidéo Symphonie n°1 de 1808 de Méhul, par Bruno Procopio, à la direction de l’Orchestre Symphonique du Brésil à Rio de Janeiro L’événement à venir, demeure la biographie et essai dédiée à Méhul annoncé chez Actes Sud en mars 2017. A suivre. __________ LIRE notre dossier Etienne Méhul 2017 : biographie de notre Beethoven français Biographie. Etienne Nicolas Méhul (1763-1817). C’est le plus important compositeur d’opéras à l’époque de la Révolution et sous l’Empire. C’est aussi un tempérament symphonique d’une vitalité inouïe, proche d’un Beethoven, frénétique, orchestralement raffiné, d’une sanguinité inédite, au point d’avoir été appelé non sans raisons, et c’est bien cette appellation qui en définitive résume le mieux, sa valeur : le « Beethoven français ». http://www.classiquenews.com/mehul-notre-beethoven-francais/




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25 mars

Festival de Saintes 2017. Présentation et temps forts

SAINTES, 46ème Festival estival : 14-22 juillet 2017. Fleuron des festivals estivaux en France, ici en Poitou-Charentes, le 46è festival de Saintes étend sa voile du 14 au 22 juillet 2017, investissant tous les lieux désormais emblématiques de l’Abbaye aux dames. Rebaptisée Cité musicale, l’ensemble patrimonial accueille plusieurs générations d’interprètes en une palette élargie de répertoires ; aujourd’hui le lieu est fort d’une saison musicale annuelle, qui avant et après le festival estival prépare et poursuit l’aventure musicale. Cette activité permanente in loco a enraciné la musique comme une respiration naturelle (d’autant que le bâtiment abrite aussi le Conservatoire de musique de la ville : des passerelles n’ont pas manqué de se développer entre présences des artistes pro, du public et des jeunes élèves…). Le Festival estival profite évidemment de cette culture évidente, manifeste qui appartient désormais totalement à la vie des Saintais. Au cours de lla saison annuelle comme pour l’été, jeunes tempéraments en devenir (actuellement Nevermind et Jean Rondeau), ensembles envoûtants et pour certains partenaires familiers (Vox Luminis, Orchestre des Champs-Elysées et Philippe Herreweghe, …) poursuivent leur travail de défrichement comme d’approfondissement. Le seul exemple de l’orchestre de jeunes instrumentistes sur instruments d’époque, le JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye, illustre cette activité exemplaire qui se soucie de former et perfectionner les jeunes musiciens. En plus de réaliser plusieurs sessions pendant l’année à Saintes, le JOA participe aussi à la programmation du festival estival (Tchaikovski : Suite de Casse Noisette et Symphonie n°2 « Petite Russie », sous la direction de Philippe Herreweghe, le 15 juillet à 16h30, un événement à suivre particulièrement). Musique sacrée, récital de piano et de clavecin, quatuors et musique de chambre, grands bains symphoniques, de Bach à Ligeti… Saintes dévoile 1001 visages de la musique, pendant son festival d’été… 46è Festival estival de Saintes Du 14 au 22 juillet 2017 9 jours, 2 week ends En juillet 2017, la 46è programmation ne contredit pas une équation qui gagne chaque année le coeur des festivaliers : diversité, équilibre, surprises des programmes présentés. Concerts Symphoniques, musique de chambre, concerts sacrés, sans omettre les visites, animations diverses, rencontres à la boutique et sous la voile, renouvelée cette année et installée dans la grande cour de l’Abbaye… le festivaliers a l’embarras du choix ; il dispose d’un éventail d’offres complémentaires (avec jusqu’à 4 concerts par jour, habilement planifiés, rendant possible d’y assister à tous, en ayant le temps de la collation entre chaque : 12h30, 16h30, 19h30 puis 22h). TEMPS FORTS…. Voici nos temps forts et cycles à ne pas manquer cette année à Saintes (sauf indication contraire, les concerts que nous avons sélectionnés se déroulent dans l’église abbatiale)… Première journée d’ouverture, vendredi 14 juillet 2017, dès 11h (cocktail d’ouverture sous la voile) ; ensuite, vous ne manquerez pas le nouvel ensemble baroque A Nocte temporis dirigé par le ténor Reinoud van Mechelen (Clérambault et ses contemporains français, 12h30) ; puis à 19h30, toujours sous la voûte de l’Eglise Abbatiale : Messe pour la paix / Musique pour le Camp du Drap d’or où se répondent et s’unissent les Chapelles royales français et britanniques de François Ier et de Charles Quint en 1520… par Doulce Mémoire et son créateur, Denis Raisin-Dadre. Le 15 juillet est une journée « type » offrant 4 concerts : tous à l’Abbatiale. Vox Luminis et Lionel Meunier à 12h30, dans un programme regroupant les plus beaux Motets de JS Bach et de ses oncles… Nouvel événement symphonique ensuite à 16h30, avec Philippe Herreweghe pilotant la fougue juvénile des instrumentistes du JOA dans un programme très attendu, dédié à Tchaikovsky (Symphonie n°2 et Suite de Casse-Noisette). A 19h30, autre événement : plusieurs Concertos Brandebourgeois de JS Bach (jamais écoutés à Saintes, ou depuis très très longtemps / Les Ambassadeurs sous la direction du flûtiste, Alexis Kossenko). Enfin, Quatuors de Haydn, Mendelssohn, Beethoven par le Quatuor Arod dans l’ambiance feutrée, tardive de l’Abbaye à 22h. Une fin de journée qui s’achève comme un songe dans le vaste corps minéral de l’Abbaye… VOLETS THEMATIQUES. Parmi les fils thématiques à Saintes que le festivalier retrouve chaque année avec plaisir : JEAN-SEBASTIEN BACH. Après l’excellent choeur Vox Luminis le 15 juillet à 12h30 (Motets), ne manquez pas Les Variations Goldberg par Benjamin Alard (clavecin, le 16 juillet, 22h), les Cantates BWV 182, 131, 103 par Gli Angeli (ensemble Suisse dirigé par Stephan MacLeod, le 17 à 12h30 ; puis qui récidive le 19, même heure, pour les BWV 181, 127 et 75) ; sans omettre la somptueuse et grave Cantate BWV 198 Trauer-Ode (Vox Luminis déjà cité, le 18 juillet à 12h30). Ce dernier concert affiche aussi la MUSIQUE ANGLAISE BAROQUE (qui peut-être un autre fil conducteur : soit Ode pour l’anniversaire de la Reine Mary) ; à suivre donc avec le lendemain, 19 juillet, 22h : Devotionnal songs and Anthems de Purcell (la Rêveuse), et aussi le prometteur rv intitulé « l’Orgue du sultan » (le 21 juillet, 22h, où les musiques de Dowland, Byrd dialoguent avec des airs traditionnels ottomans / Ensembles Sultan Veled et Achéron / François Joubert-Caillet, direction). Parmi les autres temps forts du festival estival de Saintes 2017, nous avons sélectionné : le concert des musiciens du JOA à l’adresse des plus jeunes (dès 3 ans si accompagnés, le 16 juillet, 10h45 puis 12h à l’Auditorium) ; les madrigaux de Monteverdi (450è anniversaire en 2017, par Voces Suaves, Tobias Wicky (le 16 juillet, 19h30). L’événement de cette édition reste la présence de William Christie, en ambassadeurs des passions barqoeus sacrées et en pédagogue affûté, formateur… avec son ensemble Les Arts Florissants (sublime programme de musique baroque française du XVIIè : Le Reniement de Saint-Pierre de MA Charpentier et une sélection de musique pascale, le 17 juillet, 19h30) ; mais aussi pilotant le JOA, dans une session nouvelle symphonique dont l’aboutissement est à l’affiche de l’Abbatiale, le 21 juillet, 19h30 (Symphonies n°85 La Reine, et n°82 « L’Ours » de Haydn, Airs de concert de Mozart avec Emmanuelle de Negri, soprano). De son côté, l’Orchestre des Champs Elysées, seconde phalange orchestrale emblématique de la Cité musicale à Saintes, propose deux concerts immanquables également : Concerto pour clavier n°23 K488 et Symphonie n°36 « Linz » (Bertrand Chamaillou, pianoforte, et Alessandro Mocia, premier violon et direction, le 18 juillet, 19h30), et comme conclusion du festival 2017 : Symphonie n°1 de Brahms, Lieder avec orchestre de Wolf (Möricke) et de Mahler (Lieder eines fahrenden gesellen), avec Dietrich Henschel, baryton, sous la direction de Philippe Herreweghe. Enfin parmi nos coups de coeur 2017 : Nevermind et Jean Rondeau dans un programme opportun en 2017 dédié (en partie) à Telemann (Quatuors parisiens n°1 et 4, le 18 juillet à 22h) ; le Collegium Vocale Gent (Kaspar Putnis, direction) dans un programme Schnittke et Ligeti (de ce dernier, le sublime Lux Aeterna, le 19 juillet, 19h30) ; le récital de piano de Wilhem Latchoumia (Debussy, Falla, Mompou…, le 20 juillet, 12h30) ; Ode à sainte Cécile et le Dixit Dominus de Händel par Vox Luminis (le 20 juillet également mais plus tard à 19h30) ; le Vivaldi plein de fièvre et d’élégance par la violoniste Amandine Beyer et son ensemble Gli Incogniti (Il teatro alla modo, le 22 juillet à 13h30). ______________________ Voilà de quoi construire vos journées à Saintes, riches en découvertes, écrins et réservoirs d’émotions musicales comme il en existe rarement en France : ici, quoique l’on dise : l’unique lieu et la beauté de son architecture centenaire assure une cohérence unique chaque été. L’édition 2017 s’annonce à nouveau exceptionnelle par la diversité des formes, répertoires, comme des profils artistiques… dans un lieu envoûtant et désormais incontournable du mois de juillet. Toutes les infos et les modalités de réservations sur le site du Festival de Saintes 2017 . http://www.abbayeauxdames.org/festival-de-saintes/

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24 mars

Publications. Opéra magazine n°127 (avril 2017). Laurence Equilbey

PUBLICATIONS. OPERA magazine, avril 2017. A LA UNE, grand entretien : la chef d’orchestre Laurence Equilbey. Les 22 et 23 avril 2017, la chef d’orchestre et de chœur inaugure l’Auditorium de La Seine Musicale, nouveau phare culturel de l’agglomération parisienne, situé à la pointe aval de l’île Seguin, au sud-ouest de la capitale (92). Insula Orchestra, l’ensemble sur instruments anciens qu’elle a fondé en 2012, y sera en résidence, avec pour mission d’assurer un certain nombre de manifestations à l’année, en invitant également d’autres formations et en accordant une large place aux activités éducatives. Mis en scène par Olivier Fredj, le concert d’ouverture réunira cinq artistes français : la soprano Sandrine Piau, Anaïk Morel, le ténor Stanislas de Barbeyrac, Florian Sempey et le pianiste Bertrand Chamayou. Suivra, les 11 et 12 mai, Die Schöpfung (La Création) de Haydn, mise en scène par Carlus Padrissa et les équipes de La Fura dels Baus. Une actualité chargée, donc, pour Laurence Equilbey, d’autant que paraît, au même moment, son premier CD chez Erato/Warner Classics, réunissant la Messe du Couronnement et les Vêpres solennelles d’un confesseur de Mozart. En coulisse : Opera Australia La principale compagnie d’opéra australienne, dont les origines remontent aux années 1950, organise ses activités entre les deux plus grandes villes du pays : Sydney et Melbourne. Lyndon Terracini, son directeur artistique, nous explique son mode de fonctionnement et les principales orientations de sa programmation. In memoriam : Nicolai Gedda 1925-2017 ; C’est un géant qui nous a quittés, le 8 janvier dernier, à l’âge de 91 ans. À la tête de l’une des plus imposantes discographies de l’histoire, le ténor suédois a ébloui des générations de mélomanes par sa musicalité hors pair, la perfection de sa technique, la facilité de son aigu et la qualité de sa diction dans toutes les langues. Opéra Magazine, qui a déjà rendu hommage à Nicolai Gedda dans l’éditorial du précédent numéro, a demandé à Alain Lanceron, producteur des derniers enregistrements de l’artiste pour EMI France, d’évoquer sa mémoire de manière plus personnelle. Alberto Zedda (1928-2017). Le 6 mars dernier, la disparition du chef et musicologue italien, dans sa 90ème année, a privé les mélomanes d’un irremplaçable connaisseur de l’univers de Rossini et, plus généralement, du bel canto de la première moitié du XIXe siècle. En plus de se battre sur tous les fronts pour démontrer le génie d’un compositeur encore considéré, dans les années 1960, comme un simple amuseur public, Alberto Zedda a su défendre le répertoire rossinien, avec une fougue et un souffle refusés à des maestri sans doute plus précis, mais beaucoup moins portés par la foi. Jeune talent : la mezzo française Lea Desandre Sacrée le 1er février dernier, dans la catégorie « Révélation Artiste Lyrique » des Victoires de la musique, la mezzo-soprano franco-italienne incarne Alcione, à partir du 26 avril, dans la nouvelle production du chef-d’œuvre de Marin Marais, qui marquera le retour de l’Opéra-Comique dans ses murs. Comptes rendus Les scènes, concerts, récitals et concours. Guide pratique La sélection CD, DVD, livres et l’agenda international des spectacles. _______________ PUBLICATIONS. OPERA magazine n°127 / avril 2017. A LA UNE, grand entretien : la chef d’orchestre Laurence Equilbey. 100 pages. Parution : le 29 mars 2017. 7,90 euros.



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18 mars

La Dynastie des Bach père et fils par Jean Rondeau

POITIERS, TAP – BACH & fils par Jean Rondeau, le 21 mars 2017, 20h30. Toujours la coiffe hirsute et le jean décontracté, le claveciniste Jean Rondeau s’entoure d’une phalange de musiciens complices dans une évocation de la dynastie Bach, – programme familial et collectif, musicalement très unitaire et stylistiquement cohérent, déjà sujet d’une parution discographique. Le claveciniste réalise le relief expressif de plusieurs Concertos pour clavecin et cordes, avec la connivence de certains instrumentistes déjà familiers, dont le violoniste Louis Creac’h, – déjà repéré par classiquenews comme ex apprenti académicien du JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye, ou participant aussi à certains projets d’Amarillis (Stabat Mater de Pergolesi avec Sandra Yoncheva). Ainsi paraissent les fils Bach (Wilhelm Friedemann, Carl Philipp Emanuel et Johann Christian) aux côtés du père Jean-Sébastien. Le claveciniste barbu (christique ?) du Baroque actuel cultive une posture décalée qui s’entend à régénérer (dynamiser ?) l’interprétation contemporaine du Baroque, ici germanique. Depuis son clavecin axial, défricheur, relecteur, porteur d’une vision désormais dépoussiérante des oeuvres choisies. Classiquenews avait suivi la résidence de Jean Rondeau, – entouré d’un autre collectif (Nevermind) à Saintes (Abbaye aux dames, la cité musicale / VOIR notre reportage vidéo Jean Rondeau et Nevermind à Saintes / février 2016), dans Telemann et Bach (entre autres). Ici, le style direct, franc, expressif, « rock », revisite le genre du Concerto instrumental, entendu comme un drame sans paroles, véritable conversation à plusieurs protagonistes ; il sied à la vivacité des Bach fils, en particulier Wilhelm F. et CPE – illustres représentants du style galant Empfindsamkeit, néo classique – collectionneurs inspirés en contrastes et acuité rythmique ; même aspérité mordante, vivaces dans les Bach père, comme juvénilisés avec une ardeur verte et très présente : Concertos pour clavecin BWV 1052 et 1056. Du creuset paternel, antre magicien d’une invention jamais épuisée, les fils, en apprentis sorciers inspirés, dignes héritiers du modèle-mentor, osent toutes les audaces… Ils poursuivent le geste libre, inventif, neuf, moderne du modèle paternel. Dont se saisit comme un flambeau électrisant, les jeunes interprètes de ce concert; Et si la dynastie Bach était surtout une généalogie de tempéraments expérimentateurs ? Le concert présenté à Poitiers fait suite au premier volet Bach, dédié précédemment aux ancêtres de Bach (décidément la dynastie Bach est une colonie impressionnante de talents dont la généalogie explique le plus grand d’entre tous, Jean-Sébastien). _______________________ Les Concertos de Bach père et fils TAP, POITIERS, mardi 21 mars 2017, 20h30 Johann Sebastian Bach Concerto pour clavecin n°1 en ré mineur BWV 1052, Concerto pour clavecin n°5 en fa mineur BWV 1056 Wilhelm Friedemann Bach Concerto pour clavecin en fa mineur Carl Philipp Emanuel Bach Concerto pour clavecin en ré mineur Jean Rondeau, clavecin Sophie Gent, Louis Creac’h violons Antoine Touche, violoncelle Evolène Kiener, basson Thomas de Pierrefeu, contrebasse … _______________________ INFOS et RESERVATIONS sur le site du TAP Théâtre Auditorium de Poitiers, page dédiée au Concert Jean RONDEAU + ensemble instrumental : Concertos de Bach et ses fils… http://www.tap-poitiers.com/jean-rondeau-1799 UN PERE ET SES 3 FILS… Comme un généalogiste, le claveciniste vedette Jean Rondeau reéactive les liens et filiations fécondes qui aimantent la succession du père et des ses fils : Jean-Sébastien a su transmettre à sa descendance cet amour de l’excellence, ce goût de l’expérimentation. Au firmament de cette constellation heureuse et fructueuse, se situe le second fils de son premier mariage avec Maria Barbara, Carl Philipp Emmanuel (1714-1788) qui eut pour parrain l’illustre Telemann de Hambourg. Le père voulait qu’il fasse son droit, or Carl Philipp préféra comme son mentor, éblouir par la musique. Ce qu’il fit. Hélas son génie ne fut guère reconnu : à la Cour de Frédéric de Prusse, bien que zélé et inspiré, CPE végète comme simple claveiniste, préféré au bien conforme Quantz. Sa Symphonie en Do majeur pour cordes et continuo (composée à Hambourg en 1773), cultive cette langue nerveuse, souple, intensément dramatique qui porte l’empreinte du courant préromantique « Sturm und Drang » (Tempête et passion). A cette source, s’abreuvent directement les grands symphonistes de la génération suivante : Haydn et Mozart qui le tenaient en très grande estime. Benjamin des 11 fils qu’il eut avec sa seconde femme, Anna Magdalena : Johann Christian (1735-1782), est formé par Carl Philip à la mort de leur père en 1750. JC gagne l’Italie avant de servir la Cour britannique de George III. Claveciniste ès mérite, autant que son frère ainé, CPE, Johann Christian compose son Concerto n°6 en fa mineur, vers 1750 alors qu’il suit les leçons de son frère à Berlin. Très influencé par ce dernier, JC écrit alors dans le style Sturm und Drang, avec ce goût immodéré mais maîtrisé pour les syncopes, ruptures harmoniques qui produisent le dramatisme fièvreux de la partition. Singulier et opiniâtre autant que ses frères cadets, le premier fils de Jean-Sébastian, Wilhelm Friedemann (1710-1784) sait improviser comme son père. Et comme lui, WF montre dans l’Allegro e forte en ré mineur, fugue complexe et animée, un génie contrapuntique exceptionnel. Pour conclure la généalogie musicale dont il se fait le passeur, Jean Rondeau rend hommage au fondateur de la dynastie au XVIIIè : Jean-Sébastien (1685-1750). Composé à Leipzig en 1738, le Concerto en ré mineur impose un génie premier, libre, inventif, narrateur né, soucieux de renouvellement et d’expressivité permanente. La verve dont est capable alors JS Bach, égale le foisonnement tout aussi audacieux et expérimental, de l’autre côté du Rhin, celui du Français Rameau dont l’invention rayonnante trouve un écho fraternel dans l’oeuvre « divine » de Bach le père. ________________________ CD à écouter : CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015). Clavecin opératique…. En février 2016, ERATO publiait l’un des meilleurs disques récents pour clavecin. Peut-être le premier indiscutable du jeune musicien français, ici particulièrement serviteur de la musique qui l’inspire. Le texte du livret notice accompagnant ce produit conçu comme une pérégrination intérieure et surtout personnelle donne la clé du drame qui s’y joue. Quelque part en zones d’illusions, c’est à dire baroques, vers 1746… Jean Rondeau le claveciniste nous dit s’égarer dans un fond de décors d’opéra dont son clavecin (historique du Château d’Assas) ressuscite le charme jamais terni de la danse, “acte des métamorphoses” (comme le précise Paul Valéry, cité dans la dite notice). Entre cauchemar (surgissement spectaculaire de Royer dans Vertigo justement) et rêve (l’alanguissement si sensuel de Rameau ou le dernier renoncement du dernier morceau : L’Aimable de Royer), l’instrumentiste cisèle une série d’évocations, au relief dramatique multiple, contrasté, parfois violent, parfois murmuré qui s’efface. Rondeau ressuscite dans les textures rétablies et les accents sublimes des musiques dansantes ici sélectionnées, le profil des deux génies nés pour l’opéra : Rameau (mort en 1764) et son “challenger” Pancrace Royer (1705-1755), à la carrière fulgurante, et qui au moment du Dardanus de Rameau, livre son Zaïde en 1739. Deux monstres absolus de la scène dont il concentre et synthèse l’esprit du drame dans l’ambitus de leur clavier ; car ils sont aussi excellents clavecinistes. Ainsi la boucle est refermée et le prétexte légitimé. Comment se comporte le clavier éprouvé lorsqu’il doit exprimer le souffle et l’ampleur, la profondeur et le pathétique à l’opéra ? Comme il y aura grâce à Liszt (tapageur), le piano orchestre, il y eut bien (mais oui), le clavecin opéra (contrasté et toujours allusif). Les matelots et Tambourins de Royer valent bien Les Sauvages de Rameau, nés avant l’Opéra ballet que l’on connaît, dès les Nouvelles Suites de Pièces de Clavecin de 1728. Déjà Rameau lyrique perçait sous le Rameau claveciniste. Une fusion des sensibilités que le programme exprime avec justesse. EN LIRE +

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17 mars

CD, compte-rendu critique. Haydn 2032, N°4 : « Il Distratto ». HAYDN : Symphonies n°60, 70, 12. CIMAROSA : Il Maestro di Cappella. (Giovanni Antonini,1 cd Alpha classics 2016)

CD, compte-rendu critique. Haydn 2032, N°4 : « Il Distratto ». HAYDN : Symphonies n°60, 70, 12. CIMAROSA : Il Maestro di Cappella. (Giovanni Antonini,1 cd Alpha classics 2016). Suite de l’intégrale des 107 Symphonies de Haydn en vu du tricentenaire Haydn prévu en 2032… Ce nouveau volet hisse très haut la valeur du cycle en cours. Outre la justesse de vue du chef Giovanni Antonini, il s’agit aussi de mettre en perspective Haydn et les auteurs de son époque : la filiation ainsi proposée avec le théâtre fin et savoureux de Cimarosa, réalise un cocktail explosif et indiscutablement pertinent. On aime de tels programmes audacieux, imprévus, capables de réformer nos idées réçues sur le Haydn symphoniste que l’on croit connaître ; servi ici par des interprètes jubilatoires, ayant pour devise, une qualité rare chez les artistes des répertoires baroques et romantiques aujourd’hui : la finesse. Des 3 symphonies ici traitées, ne prenons qu’un épisode emblématique. Non pas la première de la sélection, n°60 qui donne son nom au programme (conçue pour la comédie intitulée « Il Distratto »), mais nous préférons demeuré sur notre excellente impression, produite par l’Adagio de la n°12 qui s’impose par sa profondeur et son rayonnement simple. Sublime introspection (plage 12), tel un désert sans issue et au cordes seules, qui touche par son épure quasi austère ; la respiration, les dynamiques, l’économie et le sens des phrasés sont d’une irrésistible justesse. Antonini y glisse un spuçon de tendre nostalgie qui assimile cet épisode frappant par son intériorité maîtrisée à une variation gluckiste, le Gluck sublimement déploré et lacrymal, c’est à dire pudique et mélodique à la fois, de la prière d’Orphée et son hymne désespéré mais digne : « J’ai perdu mon Eurydice ». Haydn semble en déduire une interrogation en résonance. Quel contraste avec l’Allegro insouciant et délicatement caractérisé (hautbois, bassons) qui suit. Un orchestre d’instruments acteurs, un opéra où le chant instrumental est partenaire du chanteur soliste… La vivacité et l’intelligence habite le Cimarosa révélé (Il Maestro di Cappella), dès son ouverture (plage 14) d’une poésie naturelle et infiniment subtile. A la source de Cimarosa, sphynx européen qui fut joué dans toute l’Europe des Lumières, affirmant l’essor de la veine napolitaine, découle les opéras buffas et les perles comiques de Hadyn, justement, Mozart, et aussi Salieri, ainsi que l’a récemment démontré un excellent enregistrement de La Scuola degli Gelosi, lui-même source pour les Nozze et le Cosi mozartiens. Construit comme une vaste cantate pour voix seule (baryton), avec ouverture, en deux recitatifs et deux airs, Il Maestro di Cappella, permet à Cimarosa d’épingler l’art musical lui-même en brossant le portrait d’un chef d’orchestre, d’une verve imaginative flamboyante à la quelle répond la vitalité expressive des instruments de l’orchestre, véritables acteurs d’une fine coopération. La caractérisation à laquelle atteint Giovanni Antonini et ses partenaires musiciens d’Il Giardino Armonico réalise l’excellence ; toujours justes, c’est à dire d’une élégance et d’une subtilité qui ne confinent jamais à la vulgarité ; ce sens de la mesure, de la facétie cachée, affleurante voisinne avec le meilleur Haydn, et les interprètes s’ingénient dans une complicité jubilatoire quand le chef indique ce que doit jouer chaque pupitres ; les instrumentistes lui rendant ce à quoi il les invite. Cette perle comique qui singe la musique elle-même exprime ce théâtre agile en imagination, d’une sincérité joyeuse, d’une finesse irrésistible. Evidemment, de ce Cimarosa sûr, truculent, habile, intelligent dérive aussi le pétulant Rossini, c’est dire l’apport de l’enregistrement et aussi l’éclairage qui en découle : la parenté des Symphonies de haydn avec le théâtre picaresque de Cimarosa. Dans les premières, tout un opéra instrumental se fait jour : peu de chefs actuels en comprennent comme ici les enjeux et les ressources ; dans le second, les instrumentistes font valoir leur chant spécifique, les possibilités dramatiques tels de véritables chanteurs, partenaire du soliste baryton. Après tout, quels autres associés fabuleux pour un Maestro di Cappella que les instrumentistes de son propre orchestre ? Ainsi Cimarosa nous laisse sa propre vision de l’orchestre à travers cette cantate épatante et savoureuse : à travers les volontés et les indications de son héros, le compositeur concocte un menu instrumental où l’orchestre virtuose réalise une collection de mets délicats et goûteux. Révélation et jubilation. _______________________ CD, compte-rendu critique. Haydn 2013, N°4 : « Il Distrato ». HAYDN : Symphonies n°60, 70, 12. CIMAROSA : Il Maestro di Cappella. Riccardo Novaro, baryton. Il Giardino Armonico. Giovanni Antonini, direction / Enregistré il y a 1 an, en mars 2016 à Berlin / 1 cd Alpha classics (2016). CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.

Joseph Haydn
(1732 – 1809)

Joseph Haydn (31 mars 1732 - 31 mai 1809), est un compositeur autrichien. Il incarne le classicisme viennois au même titre que Mozart et Beethoven, les trois compositeurs étant regroupés par la postérité sous le vocable de « trinité ». La carrière musicale de Joseph Haydn couvre toute la période allant de la fin du baroque aux débuts du romantisme. Il est à la fois le pont et le moteur qui a permis à cette évolution de s'accomplir. L'image du « papa Haydn » ne vient pas des titres de « père de la symphonie » ou « père du quatuor à cordes » généreusement décernés au XIXe siècle et même de nos jours. La création de ces genres relève d'une genèse un peu plus complexe, mais Haydn a très largement contribué à leur émergence et leur consolidation. Deux de ses frères furent également des musiciens : Michael (1737-1806) également compositeur et collègue de Mozart à Salzbourg, et Johann Evangelist (1743-1805), ténor.



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